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Reportage/Photos:
Pierre '' Goly '' Jobin Site Web: Les Amis Du Blues |
La 11e édition du Maximum Blues de Carleton
aura été arrosée par une pluie quasi continuelle,
diluant la participation du public à la portion spectacles extérieurs
du festival. Cela n’aura cependant pas entamé l’ardeur et l’amour
du blues des gaspésiens, de même que celle des artistes que
j’ai croisés, et celle du public, en général.
Philippe Brière, chant et harmonica, Bernard Marie, basse, et accroupi au centre de la scène, Fabien Saussaye, claviériste |
Arrivé le jeudi 7 août pour le spectacle
des Hoodoomen de France, j’ai tout de suite senti qu’avec eux, il y avait
cette simplicité, cette communication chaleureuse et cet enthousiasme
contagieux, marque de commerce du blues.
Le blues, cette musique du feeling, ces vieux potes normands d’expérience en mangent et en vivent. Leur but, aller chercher le public pour les faire participer à la fête, à la célébration du blues dont ils interprètent les standards swing, shuffles et parfois cajuns, le tout additionné de leurs propres compositions dans la même veine.. Ils ont fait leurs classes et n’hésitent pas à «descendre au cœur des spectateurs», pour leur transmettre, comme par osmose, leur amour du blues. L’implication complice des membres du band peut prendre plusieurs formes, au-delà de leurs interprétations passionnées, «extra pulse» et interactives où le public devient comme le 6e membre du groupe. |
| Ils ont fait mouche! La réaction des gaspésiens et des
visiteurs bravant la température maussade, fut spontanée
et enthousiaste! Ils ont le feu sacré, ces irréductibles
normands nomades! Leur spectacle est complet musical, visuel, convivial!
Au-delà des performances individuelles solides des musiciens, dont
Pascal Fouquet à la guitare et Fabien Saussaye au piano, j’ai surtout
retenu l’impact de leur jeu d’ensemble respectueux de la tradition qu’ils
épicent de leur touche personnelle avec leurs propres compositions,
telles Like a Coyote.
Cette pièce de contexte blues raconte l’histoire du type qui se fait piquer sa blonde par son meilleur copain. La disponibilité, le savoir-faire de Philippe Brière, au chant et à l’harmonica, de Bernard Marie à la basse et de son frère, Francis Marie – que je surnomme «extra pulse»-, à la batterie, joints à l’implication de tous les membres du band, font des Hoodoomen des ambassadeurs de choix du blues de l’Hexagone, propres à rallier même les sceptiques. Avec eux, le party s’installe irrémédiablement, diablement! Allez-y voir!… |
sous l’œil allumé de Philippe Brière |
En soirée, sous le grand chapiteau, j’ai été peu touché par le spectacle «type démonstration» présenté par L.A. Jones. Je trouve que c’est bien beau des trucs et des acrobaties à la guitare quand ils s’intègrent et pimentent un spectacle de qualité. Dans ce cas-ci, la trame du spectacle m’est apparue plutôt clairsemée. Toni Lynn Washington, cette «Queen of the Blues», qui lui succédait sur cette scène, a définitivement racheté la mise par son blues élégant mâtiné de R&B et de Soul. le tout présenté avec un sourire et une voix énergique et riche. Son groupe composé de guitare, basse, batterie, clavier et sax ténor enjoué et communicatif, fait «classe» dans son accompagnement.
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Au Motel L’Abri; Philippe Brière, Bernard Marie, guitare et Lise Hannick. |
Au Motel L’Abri; Philippe, Bernard, Larry Taylor et Big Ben, bassiste du Pat The White Band |
Catherine et son amie Lise, Larry Taylor |
Le lendemain, je suis allé à Ste-Thérèse
de Gaspé et à l’Anse à Beaufils, près de Percé,
sous la bruine et sous la brume. Que de beaux paysages et une prestation
ludique et formidable de Tomas Jensen, ce francophile argentin original,
au Café de la salle de spectacle de La Vieille Usine de l’Anse à
Beaufils. Comme de quoi que le blues mène à tout, à
condition qu’on en sorte, plus loin,ailleurs!
Après cet intermède, je suis de retour au Maximum Blues, le samedi après-midi, pour la prestation formidable du Rob Lutes Band, un de mes coups de cœur du festival. Rob Lutes, cet auteur-compositeur, interprète, brûle littéralement les planches! Quelle voix, graveleuse, puissante, solide! Quel répertoire de folk, de blues, de moments plus intimistes… et de moments plus éclatés! Enfin, quel band, avec Tony Cuco, à la basse, R.D. Harris, à la batterie, et le full cool, mélodique et satisfaisant Rob Mc Donald, aux guitares et mandoline. |
| Suit, sous le grand chapiteau, Mississippi Heat,
cette formation de Chicago, sous la gouverne de l’harmoniciste belge Pierre
Lacoque. Il est accompagné par un jeune band comprenant guitare,
basse, clavier et batterie, de même que par Inetta Visor, une jeune
chanteuse noire à la voix enjouée, intéressante et
au sourire pouvant vous irradier. Un moment fort de leur spectacle s’est
produit lorsque M. Lacocque a interprété à l’harmonica,
un instrumental à la mémoire de Georges Bass, un de ses anciens
musiciens, maintenant domicilié outre-tombe. Émotions profondes
et originalité du jeu d’harmonica ont relevé à un
niveau supérieur la qualité de ce spectacle qui a reçu
un bon accueil de la part du public.
Suivait le spectacle que j’attendais tout spécialement, soit celui du Muddy Waters Tribute Band. Ce band d’incontournables légendes du blues rassemblait pour cette gig spéciale au Maximum Blues, les dédiés Willie «Big Eyes» Smith, à la batterie et Calvin «Fuzz» Jones, à la basse; John Primer, apprécié en d’autres lieux, l’an dernier, dans une présentation beaucoup plus cool, était, cette fois-ci, survolté, extra ludique et spectaculaire à la guitare et à l’animation. C’était comme si Muddy lui-même lui transfusait un supplément d’âme et de guts pour l’occasion; «Wild Child» Butler, l’enfant terrible, maintenant beaucoup plus sage, à l’harmonica et la «jeunesse» David Maxwell, au jeu de piano dynamique et complexe, complétaient ce band d’irréductibles bluesmen. Outre la prestation extravertie et animée de John Primer à la guitare et à la voix, il fallait voir Willie Smith chanter le blues sans compromis avec toute l’énergie de ses tripes et Calvin Jones contribuer de son jeu de basse et de son chant consistants! Que de moments magiques avec ces «messagers du blues électrique» qui ont donné leur 100%, «poussé le fond de leurs tripes» avec conviction. Muddy Waters devait jubiler sur son nuage! Whooo!!! |
chanteuse du groupe Mississippi Heat |
Le soir, c’était le bœuf, c’était le pied, au Jail House Bar du Motel L’Abri. Lise Hannick et son band «funkaient français» et bluesaient! They were cooking, man! Les talents d’«hôtesse à la confiture» traduction libre d’hôtesse de jam, bien sûr!…) de la «Môdite Française» sont bien reconnus, ici. Moments particulièrement intenses, que ces interprétations vocales senties, personnelles et originales de Larry Taylor, fils du réputé guitariste Eddie Taylor et batteur dans le band de son oncle, Jimmy Burns. Accompagné de plusieurs musiciens qui se sont succédés, dont l’excellent Fabien Saussaye des Hoodoomen, à l’orgue, il a repris des classiques du genre, les assaisonnant de ses inflexions vocales senties et inédites, trempées dans la tradition.
Il était plaisant, aussi, de voir Lise Hannick accueillir et jammer avec les Hoodoomen, ses compatriotes d’outre-atlantique, elle qui a, pour ainsi dire, un pied sur le «Delta Inversé du Québec» et un pied et des racines dans l’Hexagone!!! Nuit magique, mémorable, festive! Soulignons ici les qualités rassembleuses et la verve improvisatrice de la française que l’on aime bien, ici. Milles excuses pour tous les musiciens qui ont contribué à cette soirée et qui ne sont pas nommés ici. Ils se reconnaîtront, j’en suis sûr!
Bernard Marie des Hoodoomen |
Le dimanche, c’est la journée que l’on pourrait qualifier «everybody’s
gospel n’ blues électrifié dans la tradition Mississippi-Chicago».
La fourchette d’âge devient plus large que celle du public de Tintin.
Tout le monde y est interpellé, tout le monde y est diverti! Tout
d’abord, le Perpetual Praise Gospel Choir de Montréal livre une
performance très inspirante, enhardie de bonheur participatif, de
feu partagé, d’énergie retrouvée. Leur répertoire
allie tradition et modernisme. Un excellent band comprenant claviers, guitare,
basse, batterie et tambourin, accompagne ce chœur sous la direction de
Tamsyn Clarke. Celle-ci, excellente animatrice de foule, partage ce service
avec quelques collègues, tout aussi dynamiques.
On apprend par la suite que Long John Hunter, le guitariste texan et son band seraient retenus au Connecticut. Qu’à cela ne tienne, bon prince, Jimmy Burns, augmentera son spectacle d’une première partie en solo, à la guitare électrique et à la voix. Puis, en un tournemain, place au Jimmy Burns Band, composé de Jimmy Burns, à la guitare et au chant, d’un autre guitariste, d’un bassiste et d’un batteur. Le tout fait merveille!… Un chanteur réjouissant, avec une voix superbe, s’insinue parmi les deux guitaristes complets qui s’échangent la rythmique et les solos, un drummer original se prend à jouer de sa palette particulière entremêlée avec la tradition et un bassiste impeccable, assuré, nous démontrent irrémédiablement que le son, le feeling d’un band est infiniment plus que la somme des parties. M. Burns et ses acolytes nous feront la fête avec endurance et un plaisir évidents, avec leur blues, leur R&B, leur Soul et même un Let’s Do The Twist endiablé. Entendu en musique d’ambiance avant la présentation de ces spectacles, un Cilles C. Sioui & the Midnight Riders, très intéressant. |
Le seul spectacle qui demeurait au programme après la clôture officielle de cette 11e édition du Maximum Blues de Carleton-sur-Mer était celui du Dirty Blues Band & Invités au Bar Le Héron. Ce n’était pas la cohue en cette dernière soirée. C’est tant pis pour ceux qui ont manqué ces moments où Larry Taylor s’est joint au band, y allant tantôt d’un blues profond, tantôt d’un funk primal. On a aussi eu droit aux échanges de guitares relevés entre Normand Lacroix et Lise Hannick (elle est partout celle-là!). Ils étaient accompagnés pour l’occasion de Darius, bassman de James Armstrong en visite cette année (après avoir joué au festival l’an passé) et de Larry Taylor à la batterie. Que d’acrobaties sur les cordes de guitares, à travers le blues et même le country, sous l’impulsion de Normand Lacroix qui s’en est donné, à cœur joie. Darius, en vacances, avait l’air d’avoir bien du plaisir, tout comme les gens dans la place.
Somme toute, j’ai manqué beaucoup de spectacles de cette édition du «blues à Carleton», ce que je ne peux que déplorer, cependant j’ai eu bien du fun!!! Bravo pour l’accueil proverbial des gaspésiens, l’implication titanesque des bénévoles qui ont travaillé comme des fourmis sous la pluie, et à toute l’organisation qui année après année relève le défi de main de maître. En espérant la présence de Galarneau et de bien des petits nouveaux pour l’année prochaine! Ahouuuu!!!
Pierre Jobin
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Festiblues 2003